Journal d’un « cancéreux » (2e partie)

rattrapage en accéléré d'un cours de bio de sec III

« Ryan sors de la lune! Avec un 58% dans ton premier bulletin et 52% dans le 2e, t’aurais intérêt à suivre le cours plutôt que de rêvasser. » C’était Mme Gaumond, ma prof de biologie en secondaire 3, qui s’exprimait ainsi, m’humiliant devant toute la classe. Disons que la biologie n’était pas mon fort. Il faut dire que mon TDA, inconnu à l’époque, ne devait pas aider non plus. Toujours est-il que de ces temps-ci, je rattrape le temps perdu. Je peux vous parler maintenant de ma prostate (pendant que je l’ai encore), sa grosseur, quels sont ses organes voisins, sa texture, bref j’apprends à faire connaissance avec elle avant qu’elle ne me quitte. Mme Gaumond serait fière de moi.

La réflexion et le cheminement vers la décision du type de traitement pour le cancer n’a pas été simple. Je me suis dit encore une fois que je suis privilégié d’être bien entouré pour mieux m’informer, lire, être à l’affût de… Je n’imagine pas des personnes plus isolées passant par là, moins scolarisées, ayant de la difficulté à s’exprimer en français ou en anglais, des personnes âgées, etc… Après avoir tergiversé entre la voie de la radiothérapie et celle de la prostatectomie radicale (l’ablation), j’ai décidé d’aller vers le bistouri, mais pas n’importe quel, un bistouri robotisé.

Entre les deux voies possibles, des séquelles sur les fonctions érectiles et urinaires sont possibles, à des degrés différents, selon l’intervention. Elles peuvent durer dans le temps ou non selon chaque cas. Bien que je choisisse l’opération, il y a encore de l’inconnu face à ces séquelles dans mon cas. Curieusement, alors que beaucoup m’ont parlé de « leur » cancer, de la prostate ou autres, ou du fait qu’ils connaissent quelqu’un qui… à ma grande surprise, personne ne m’a parlé des impacts sur les fonctions urinaires et érectiles. Tabou total, j’ai l’impression. Je me permets donc de parler de ce que j’apprends ces jours-ci, de mes craintes et de certains moyens à mettre en place avant, pendant et après l’opération pour atténuer les séquelles.

Bien sûr, la gravité de ces dysfonctions et le temps qu’elles durent (temporaire ou permanente) est propre à chaque cas: âge, condition, environnement touché lors de l’intervention etc… Mais aussi, et c’est là que ça devrait être important d’en parler, de la rééducation/réadaptation. C’est un sujet important qui touche la qualité de vie immédiate post opératoire ou à plus long terme. On se faisait la réflexion avec mon amoureuse qui est aussi à la maîtrise en sexologie que le sujet de cette prise en charge post opératoire est trop peu abordé lors des rencontres préparatoires à l’opération.

Je reviens sur le choix entre les deux options. Pour ce qui est de la radiothérapie, si j’avais choisi ce traitement, l’intervention se serait déclinée en deux modes conjugués, la principale et traditionnelle étant par rayons extérieurs visant la prostate. Cette intervention en radiothérapie extérieure se décline en une quinzaine de séances (3 semaines). Auparavant, elle était unique comme mode et nécessitait jusqu’à 40 séances (sur 8 semaines), mais le mode qui m’a été proposé aurait été jumelé avec de la curiethérapie, de la radioactivité insérée directement dans la prostate. Deux modes d’intervention en radio-activité, qui permet donc de diminuer substantiellement le nombre de séances et qui augmenterait l’efficacité de l’intervention. Dr. Lambert, qui a été extraordinairement généreuse avec moi, m’a très bien expliqué le protocole, me conseillait également d’accepter un ajout d’une intervention en hormonothérapie de 6 mois pour bloquer la production de testostérone qui alimente les cellules cancéreuses issues de la prostate. Mais ce traitement n’est pas sans conséquence sur le corps et sur la sexualité par la suite, notamment sur la libido.

Les lectures et surtout le contexte dans lequel je suis, me font pencher vers l’opération robotisée proposée par mon urologue. La préparation est moindre, soit une imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’opération robotisée est globalement moins invasive, quant aux incisions, à la perte de sang, au risque d’infection et au temps de guérison post opératoire.

L’IRM déjà passé vendredi 3 juin, je suis donc en attente pour le grand jour. Malheureusement un dernier appel avec l’urologue m’a indiqué que je devrai être patient, possiblement jusqu’à la fin juillet ou même au mois d’août pour le grand jour, alors que je croyais que cela se ferait rapidement en juin. Donc, les prochaines semaines et une partie de l’été seront sous le signe du cancer.

Les différentes lectures et consultations en dehors des spécialistes, m’ont amenées à consulter une physiothérapeute en rééducation périnéale. Rencontre extraordinaire où enfin les tabous mis de côté, on a pu parler des vraies choses, oui, des dysfonctions urinaires liées à l’opération, mais aussi des dysfonctions érectiles. La professionnelle de la santé, m’a expliqué et enseigné les exercices périnéaux à faire pour tenter de récupérer le plus rapidement possible les fonctions urinaires après l’opération. Elle m’a expliqué que la sonde urinaire, en place durant une dizaine de jours suivant l’opération, contribuerait à la paresse des muscles, en plus de l’intervention chirurgicale qui affecte les deux fonctions.

En commençant dès maintenant à travailler, par la contraction des muscles du périnée, la récupération pourrait s’accélérer après l’opération. Est venu également le sujet de la dysfonction érectile. Deux nerfs reliées aux fonctions érectiles passent à travers la prostate. Comme la partie cancéreuse est localisée à gauche, le chirurgien m’a indiqué que le nerf droit « devrait être préservé ». En sectionnant le nerf gauche et en touchant les tissus autour, il y aura perte naturelle de l’érection, du moins partielle. Les lectures et discussions avec la physio (entre autres), m’ont permis de mieux comprendre en quoi il s’agissait exactement. Il y aura certainement diminution de la fonction érectile, mais il y a des moyens d’y remédier partiellement ou complètement, exercices, moyens mécanique, médication (viagra…).

Ce qu’il faut savoir c’est que les nerfs reliés aux fonctions érectiles qui passent par la prostate, ne sont pas seuls à agir dans l’érection, les tissus nerveux autour aussi agissent et contribuent à l’érection. S’il est difficile de penser qu’un nerf sectionné pourrait se rétablir à terme, les tissus nerveux autour du nerf eux le pourraient possiblement, dépendant encore une fois comment ils sont affectés lors de l’opération. Pour la physiothérapeute rencontrée, tout comme les muscles du périnée, activer la fonction érectile en favorisant le flux sanguin dans le pénis (masturbation, médication, pompe…) peut faciliter non seulement un retour plus naturel de l’érection, mais peut également activer le rétablissement de tissus nerveux agissant sur la fonction érectile.

Je ne me fais pas d’illusion, il y aura assurément des séquelles psychologiques et physiques reliées à cette opération, mais je constate l’importance d’être bien accompagné, de bien s’informer et de ne pas rester passif devant cette étape de vie.

******

Vendredi 10 juin, retour au CHUM ce matin pour les examens préparatoires… électrocardiogramme, prise de sang, urine… mais l’opération devra se faire attendre quelques semaines sinon un mois ou deux.

Richard Ryan, le 10 juin 2022

5 réponses à “Journal d’un « cancéreux » (2e partie)”

  1. Richard, je savais que tu était une personne remarquable, mais là, je comprends que tu es vraiment extraordinaire. Vaincre ainsi le tabou multicentenaire du dysfonctionnement sexuel n’est pas donné à tout le monde. Outre le fait que tes billets, bien indexés par Google et diffusés naturellement dans ton vaste réseau social, contribueront à l’information de santé publique, je crois que tu mets ainsi tes idées au clair en te débarrassant de poids pesant. Cela t’aidera certainement à te remettre rapidement. Bon moral, bonne chance et au plaisir! 🙂

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    • Un grand merci pour ces bons mots, tu vises très juste, c’est une ligne mince se situant entre l’aspect personnel et une situation plus large de santé publique. Pas toujours facile à faire! Et oui ça aide en même temps à surmonter mon propre défi personnel.

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  2. Merci Richard pour ces informations que je vais garder précieusement puisque, comme probablement plusieurs gard, mon amoureux stresse avec cette possibilité de maladie et ses conséquences, dont les problèmes de fonctions érectiles… Bonne chance avec la suite des choses! Jo xx

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    • Merci Johanne! Oui une partie des gars stresse avec ça c’est certain. Si je peux faire le parallèle avec le cancer du sein (même si je sais que ça peut être boiteux) du moins sur la prévention, c’est plus que c’est su tôt plus la guérison peut se faire rapidement avec moins de conséquences, sur l’évolution du cancer (que ca se répande) mais aussi sur les fonctions urinaires et érectiles. De là l’importance de prélèvement sanguin pour connaître le taux APS, lors d’examens réguliers. C’est la meilleure façon pour faire baisser le stress.

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