(2/3) Ateliers d’artistes, 10 ans de créativité, d’audace et d’actions pour les préserver

(pour lire le premier des 3 billets paru le 17 mars 2022)

D’autres joueurs dans le coup

Si politiquement en 2012 l’équipe du maire de Montréal, ne voit pas d’un bon oeil cette action unilatérale de l’arrondissement du Plateau, un allié se trouve dans les rangs administratifs de la Ville centre, pour le Plateau et la préservation des ateliers d’artistes, en la personne du directeur du service de la culture de l’époque, Jean-Robert Choquet.

M. Choquet, bien au fait de la fragilité des ateliers dans les quartiers centraux de Montréal, fait partie d’un comité qui planche avec le gouvernement du Québec sur un programme de préservation et développement d’ateliers d’artistes. Il est impliqué avec tout l’environnement de la culture à Montréal et il propose également que l’OBNL Ateliers Créatifs Montréal, vienne prêter main forte au Regroupement Pi2, pour la négociation avec Allied Properties, l’organisation du réaménagement qui viendra par la suite, ainsi que la gestion des ateliers et du lien avec le propriétaire. Un nouveau programme est annoncé par la première ministre du Québec, Pauline Marois, en novembre 2012 lors du rendez-vous de Montréal Métropole culturelle.

Ce programme arrive (à point nommé), tout juste un mois après la signature d’une lettre d’intention entre les parties du projet de l’avenue de Gaspé. Le programme intégré dans l’entente sur la Culture entre la Ville et le gouvernement du Québec, permet au Regroupement Pi2 de bénéficier d’une part importante de cette première enveloppe de 5,65M$, pour la rénovation et les réaménagements découlant de l’entente avec Allied. 

Les défis d’aujourd’hui

On l’a vu dans le contexte du projet de l’avenue de Gaspé, la question de la hausse des valeurs immobilières, provoque des hausses de taxes parfois insurmontable pour les artistes eux mêmes, malgré des ententes de protection à long terme sur un prix de loyer contrôlé.

Au cour des premières années de réalisation du projet du Regroupement Pi2, quelques difficultés sont apparues, d’abord une dette de départ pour le manque de revenus de (sous-)location alors que l’organisme devait assumer trop rapidement les frais au propriétaire. Puis vient des frais de gestion qui n’étaient pas incluses dans l’entente de départ de trente ans entre les parties.

Mais l’augmentation de la valeur foncière de l’édifice, a eu un impact considérable sur la partie du bâtiment des taxes à payer pour le Regroupement Pi2. Soit une augmentation de 500% sur quelques années seulement, au fait au pro-rata de l’augmentation de la valeur marchande des édifices d’Allied.

Un paradoxe, puisque les efforts fait par l’arrondissement concernant les interventions en urbanisme et ceux de la Ville concernant la création du programme de subvention, venaient d’être atténués par la main gauche de la Ville, soit les taxes municipales qui sont aussi élevés pour les artistes et OBNL culturels qui ne sont pas propriétaires de leurs édifices. Ces artistes en statut de locataires, ne peuvent faire de demande d’exemption ou de réduction à la Commission municipale du Québec.

Bien que d’autres dossiers pilotés par Atelier Créatifs et soutenus par l’arrondissement et la Ville voient le jour, la dette et l’impact fiscal du regroupement Pi2 deviennent une épée de Damoclès sur le projet phare montréalais d’ateliers d’artistes. Il en va de soi que les mauvaises langues se délient, pour parler d’impossibilité pour un milieu de se prendre en main.

D’autres projets et des solutions encore plus durables

Ateliers créatifs Montréal planche sur d’autres projets ailleurs à Montréal, mais également dans l’arrondissement du Plateau, qui visent une protection à long terme. Un autre projet dans le Mile End voit le jour en 2013, cette fois plus modeste car il touche 15000pi2, mais néanmoins très prometteur par la stratégie utilisée pour y arriver et sa durabilité.

La communauté hassidique Skver d’Outremont, propriétaire de l’édifice Bovril sise angle du Parc et Van Horne, fait une demande de changement de zonage pour y établir une école primaire, une garderie et une bibliothèque. Je suis alors président du Comité consultatif d’urbanisme de l’arrondissement du Plateau. Il est clair pour moi, qu’une telle demande de dérogation doit se négocier pour redonner au quartier, j’y vois là une opportunité. Je mets en lien Ateliers Créatifs Montréal (ACM) avec l’organisme demandeur pour voir la possibilité de négocier une entente à long terme pour préserver les 3 étages supérieurs de la partie avant de l’édifice qui sont occupés par des artistes.

Gilles Renaud directeur de ACM, négocie directement avec l’organisation hassidique. Le temps file, car pour arriver dans les temps d’étude et de décision du dossier en arrondissement et au conseil des élus, une entente doit se manifester. C’est alors que ACM réussit à dénicher une entente sur 30 ans avec deux reconductions de 10 ans à un prix abordable. Bien que le projet soit plus modeste en superficie, la longévité de l’entente est un élément très intéressant et novateur. La ville interviendra avec l’octroi d’une subvention venant du programme de maintien des ateliers d’artistes pour les rénovations, l’arrondissement aura été également un joueur essentiel en matière de zonage, si bien que ce projet s’ajoute aux exemples et à l’expérience en protection d’ateliers d’artistes à Montréal.

Richard Ryan 18 mars 2022

(Des menaces qui planent ailleurs à Montréal, dernière partie de l’article à paraître demain).

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